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La liberté en héritage : homélie du 24è dimanche du T. O. année C

https://www.saintmaximeantony.org/2019/09/la-liberte-en-heritage-homelie-du-24e.html

Enfin libre ! Voilà ce qu’a dû se dire le jeune frère lorsqu’il a entrepris de mener sa vie en tournant le dos à son père. Le goût de la liberté, faire ce que l’on veut,
ne plus subir d’autorité et suivre son désir, voilà un programme qui a de quoi séduire. Mais cette liberté risque bien vite de se révéler être une illusion. De fait, si ce jeune a de quoi aller mener sa vie, c’est qu’il a reçu de son père un héritage, une fortune qui lui donne les moyens de mener la vie qu’il a choisi. Son père ne lui demande rien, il lui laisse faire son expérience, s’en aller avec son bien. Il peut y avoir des moments, des âges dans la vie, ou des situations, où la tentation est grande de vouloir ainsi une nouvelle forme d’indépendance, en particulier par rapport à tout ce qui touche à la religion, comme si celle-ci se résumait à un catalogue d’interdits dont il faudrait s’affranchir. On veut mener la vie telle qu’on l’entend, et dans ce cas, ce qui gouverne les choix provient de notre seul désir du moment, de ce que nous ressentons de bien pour nous-mêmes au détriment de ce qui peut arriver aux autres. Mais le style de vie basée sur la fortune et la fête est de courte durée, et les relations que l’on peut se faire à cette occasion ne s’avèrent pas très fidèles lorsque survient la famine. A ce moment, seul l’individualisme demeure, « personne ne lui donnait rien » : c’est le chacun pour soi. Dans le désert, les Hébreux ont vécu cette même expérience. Alors que Moïse tarde à redescendre du Sinaï porteur de la Loi de Dieu qui vise à guider le peuple dans la liberté à travers le désert ; ce dernier a tôt fait de se forger un veau en métal fondu, à partir de l’or qu’il a pris aux Égyptiens en quittant l’Egypte, et qui devient le signe de son désir et de sa cupidité. Désormais, ce veau en or devient leur dieu, ils sont guidés par leurs appétits et leurs propres désirs. Aujourd’hui, combien d’individus, et même de sociétés, sont régies par le désir de masse, qui représente le ressort de la société de consommation. Mais cette illusion de liberté ne dure que dans la mesure où l’on a les moyens de santé et matériels pour en profiter. Comme pour le jeune fils de la parabole, les ressources finissent par s’épuiser.
Ce qui va sauver ce fils, c’est sa capacité à rentrer en lui-même, à réfléchir sur sa situation et surtout à faire mémoire de son père. Il se souvient non pas tant de ce qu’il a reçu, mais de ce qu’il est : le fils de son père. Voilà le bel héritage que personne ne peut lui retirer. En lui donnant ses biens, le texte grec dit même que le père lui a donné « la vie » (Bios) ; il se souvient qu’il n’est pas sa propre origine et qu’il tient sa vie d’un autre. Sans cette vie, il n’aurait en aucun cas pu vivre tout ce qu’il a vécu. Il est important de transmettre ainsi, non seulement la vie à ses enfants, mais l’héritage précieux du baptême qui les rend précisément fils d’un même Père ; et leur transmettre les fondamentaux de la foi non pas tant comme un catalogue d’interdits - qu’ils auront vite fait de vouloir transgresser- , mais comme une relation unique avec un Dieu Père qui nous aime.
Le fils de la parabole va alors pouvoir prendre le chemin du retour et revenir à la source, retrouver son père qui l’a laissé ainsi faire son expérience dans une totale liberté. Il prend conscience que l’héritage le plus précieux qu’il a reçu ne peut pas s’épuiser et ne peut pas être volé, c’est désormais sa seule et vraie richesse. Que va-t-il trouver au bout du chemin ? Il se souvient du père qui lui a tout donné, mais aussi de son frère qui donne plutôt des leçons de morale et qui se considère comme sans reproche. Quelle surprise de constater que, non seulement son père ne lui demande rien, mais le rétablit dans sa dignité en lui donnant un beau vêtement, et surtout dans sa liberté en lui donnant des sandales, signe qu’il peut aller et venir comme il l’entend : il est à présent vraiment libre, digne et comblé. Il lui aura fallu cette expérience pour en prendre conscience. Cette parabole illustre d’une certaine manière notre société, notre pays riche d’un héritage chrétien, mais tenté de lui tourner le dos. Si les chrétiens ont veillé à soigner les malades, à soulager les pauvres et à instruire les enfants, désormais, nous pouvons nous passer de Dieu, nous détourner du Père. Mais l’héritage reçu privé de sa source ne dure qu’un temps et, rapidement, c’est l’individualisme qui finit par primer. Comment prétendre à nos valeurs privées de leurs racines ? Que signifie la fraternité s’il n’y a plus de paternité commune ? Il reste des individus qui suivent leur désir. Mais ce qui a été semé demeure et le retour est toujours possible.
Beaucoup de personnes ont pu autour de nous s’éloigner de l’Église : après avoir reçu le baptême, ils ont voulu vivre comme si Dieu n’existait pas et se dire que l’on pouvait très bien vivre ainsi. Mais le don qu’ils ont reçu au plus profond d’eux-mêmes demeure s’ils savent en prendre conscience, et ils doivent pouvoir entreprendre le chemin vers le Père. A nous de présenter un visage de compassion et de bienveillance, reflet de l’image du Père miséricordieux et non pas celui du frère aîné qui se considère dans son bon droit. Ils pourront alors goûter à la vraie liberté et à la joie retrouvée de se savoir enfant bien-aimé du Père.

Père Olivier LEBOUTEUX.
Le dimanche 15 septembre 2019.