Quand il aborde le Carême, saint Benoît, pour sa part, invite ses moines à offrir quelque chose qui procède de leur propre volonté « avec la joie de l’Esprit Saint ». Si je m’engage avec joie dans le combat, je goûterai déjà quelque chose de la victoire finale.
Commencer le combat, c’est repérer le terrain : reconnaissons nos zones de fragilité, nos pentes glissantes, et apprenons à les quitter quand il est encore temps. Nous le savons par expérience, il y a des moments (tard le soir, tout seul…), des situations (fatigue, contrariété, colère), qui nous rendent plus vulnérables : quand nous y sommes, ne jouons pas avec les tentations, tournons-nous sans tarder vers d’autres pensées. Remplaçons les suggestions de joies frelatées par des joies simples et vraies, changeons de terrain.
Combattre intelligemment, c’est identifier l’ennemi. Quand nous sommes tentés, celui-ci se dissimule. Il se fait passer pour un ami pour mieux nous faire chuter. Il nous pousse à accuser les autres, ou nous-mêmes, ou bien Dieu. Il s’agit de voir clair dans son jeu, et de choisir nos vrais alliés : ceux qui ont une vie droite et qui nous aiment, ici près de nous mais aussi au ciel. Nous ne vaincrons pas seuls.
Combattre efficacement, enfin, c’est manier les bonnes armes… et les manier bien. Le jeûne, la prière, l’aumône ne sont pas des punitions. Ce ne sont pas non plus des performances à remplir pour les remplir. Utilisés avec sagesse, ce sont des instruments privilégiés, pour apprendre à maîtriser nos mouvements intérieurs, et canaliser nos désirs. En nous vidant de nous-mêmes, de notre égoïsme, nous commencerons à laisser place à la grâce.
Comment celle-ci viendra-t-elle ? Dans la bataille, il y a nécessairement une part d’inattendu. « Qui sait ? S’il revenait ? », dit le livre de Joël en parlant du Seigneur. ...Qui sait ? Si Dieu intervenait autrement que dans nos plans, s’il déjouait toutes nos prévisions ? Entrons dans le combat, et préparons-nous à être surpris par la joie.
Père Guillaume Leclerc.

