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Lectures

Conseils de lecture pour tous ceux qui souhaitent se former, découvrir ou approfondir. Ces recensions vous sont proposées par le Père Olivier Lebouteux.
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Martin STEFFENS

L'éternité reçue

Desclée de Brouwer, Paris, 2017, 246 pages, 18,90 €

Professeur de philosophie, spécialiste de Nietzsche et de Simone Weil, Martin Steffens nous introduit dans cet ouvrage à une profonde méditation sur la vie et sur la mort.
Pour les familiers de ses ouvrages précédents, la découverte de ce dernier essai apparaîtra plus difficile d’accès. L’approche philosophique suppose en effet de se laisser conduire dans des raisonnements pour lesquels l’auteur lui-même invite son lecteur « à la patience et à l’audace ». Il invite à poursuivre la lecture « même si on sent qu’elle nous dépasse un peu ». Comme une marche en montagne, le lecteur persévérant ne sera pas déçu de la hauteur de vue que propose ce cheminement qui nous plonge au cœur de ce qui constitue nos raisons de vivre… et de mourir. En partant de la réflexion d’Etty Hillesum : « J’ai réglé mes comptes avec la vie, il ne peut plus rien m’arriver (…). En disant : « j’ai réglé mes comptes avec la vie », je veux dire : l’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face et l’accepter comme partie intégrante de la vie, c’est élargir la vie », l’auteur commence par nous rappeler la primauté et le prix de la vie. Puis il invite son lecteur à consentir à ces « petites morts » qui jalonnent l’existence avant de nous plonger dans une méditation sur la dépossession totale que suppose la mort. Il nous conduit enfin à considérer la résurrection à l’œuvre dans notre vie où s’opère le jugement.

Occasion de redonner à tous nos gestes et nos paroles leur poids d’éternité et à vivre pleinement cette vie fragile et éphémère, mais appelée à l’éternité. En ce mois de novembre, où l’Église médite plus particulièrement sur la mort et les fins dernières, je recommande la lecture de cet ouvrage qui bouscule et pointe les vrais enjeux de notre vie « maintenant et à l’heure de notre mort ».

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Nicolas TENAILLON

Dans la tête du Pape François.


Solin /Actes Sud, Paris, 2017, 192 pages, 18,80 €

Voici un ouvrage qui change un peu des livres d’entretiens et des biographies classiques. L’objectif de Nicolas Tenaillon, agrégé de philosophie, consiste à nous introduire à la richesse et à la complexité de la pensée du pape François. A partir de son enfance en Argentine, de ses différentes interventions ou publications jusqu’à son accession au trône de Pierre, l’auteur nous présente les différentes facettes de la personnalité du souverain pontife et de ce qui constitue ses grandes intuitions et sa vision de l’Église.
L’ouvrage est bien documenté et nuancé sur des questions comme le style du Pape, sa vision politique, sa volonté de réforme ou sa conception de la morale. La lecture de cet essai confirme la difficulté de vouloir classer trop vite le pape comme un progressiste ou un conservateur. Il met plutôt en lumière les lectures, les personnages et les évènements qui ont contribué à forger tout au long de son histoire la pensée et le style du 266ème successeur de Pierre.

Le ton général de l’ouvrage n’est pas à la polémique, mais à l’investigation au-delà de l’engouement médiatique ou des controverses et fournit des clés de lecture de ce pontificat.

A lire pour mieux comprendre la pensée riche et complexe d’un fils de saint François et de saint Ignace.
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Adrien CANDIARD

Quand tu étais sous le figuier. Propos intempestifs sur la vie chrétienne.


Collection spiritualité, Cerf, Paris, 2017, 176 pages, 10 €

L’auteur, dominicain, avait déjà fait parler de lui par un petit ouvrage plein d’espérance : Veilleur, où en est la nuit ? (mars 2016).
Avec ce dernier ouvrage, il nous invite à nous interroger sur la vocation, et plus généralement sur notre propre vie chrétienne. Dans un style simple et vivant, il médite sur le récit de la vocation de Nathanaël tel que le rapporte l’évangéliste saint Jean.
A travers sa propre expérience, il éclaire avec humour le réalisme de la vocation chrétienne : « on entre au monastère pour le face à face, et ce qu’on vit réellement est le coude à coude ». Il met en lumière certaines attitudes où nous pouvons nous reconnaître, comme la jalousie : « mieux vaudrait employer notre temps à cultiver nos talents qu’à haïr ceux des autres… ». 

Tous les états de vie peuvent trouver de précieuses méditations dans ce petit volume qui se lit facilement. Il vaut la peine de découvrir son interprétation très pertinente de l’allusion de Jésus à Nathanaël « Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » et qui a donné le titre à l’ouvrage.
Il nous laisse enfin sur une belle note d’espérance : « Ce que Jésus rappelle à Nathanaël, c’est qu’avec Dieu, le meilleur est toujours à venir ». Beau programme !
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Jean-Luc MARION

Brève apologie pour un moment catholique.


Grasset, Paris, 2017, 15€

Un certain nombre d’ouvrages récents se sont interrogés sur la place et le rôle des catholiques dans notre pays. La réflexion que propose Jean-Luc Marion dans ce domaine mérite le détour.  
En reprenant une série de conférences qu’il a récemment prononcées, il nous invite à considérer dans un premier temps la situation du catholicisme aujourd’hui dans la société française. Dans une société en crise, il souligne le rôle unique des chrétiens pouvant être considérés comme « les plus utiles » (en jouant sur les termes grecs christianoi (chrétiens) et chrestotatoi (plus utiles)). Son regard historique, philosophique et théologique souligne leur contribution et l’auteur envisage même que « contre toute attente et toutes les prédictions des sages, des experts et des élites supposées, nous allions au-devant d’un extraordinaire moment catholique de la société française ».

L’ouvrage se poursuit par une réflexion sur la laïcité et la séparation qui se présente comme la condition nécessaire de l’universalité et qui là encore est un apport chrétien garant d’une vraie liberté.

La troisième intervention propose une réflexion, plus philosophique, sur l’utilité de la communion, dont l’auteur souligne l’enracinement dans la théologie trinitaire, propre aux chrétiens.
La communion ouvre la possibilité d’un authentique bien commun et contribue ainsi à fonder une communauté. Dans une société dominée par la dimension économique et donc les échanges, l’auteur s’interroge sur la possibilité du don qui ne suppose pas la réciprocité. C’est finalement la notion de pouvoir qui est explorée ; celui-ci résulte de l’autorité capable de convaincre sans violence.

Philosophe et académicien, Jean-Luc Marion nous invite ainsi à entrer dans ce moment catholique qui se présente pour les chrétiens non pas tant comme une chance que comme une responsabilité.